La vie n’est pas un long fleuve tranquille. Elle est agitée de hauts et de bas, de très hauts et de très bas. Un peu à l’image d’un électrocardiogramme, la vie suit des cycles avec des pics, positifs ou non. A chaque instant, le battement de cœur redonne du relief à la courbe affichée sur le moniteur. A chaque instant, nos choix donnent du relief à notre vie. Le cœur d’une personne malade perd inéluctablement de la force, le tracé sur l’électrocardiogramme perd en intensité. La vie d’une personne qui ne prend pas de décisions, qui ne réagit pas, inéluctablement sombre vers la monotonie, l’ennui. Lorsque le cœur est malade, il faut parfois un électrochoc, un gros bouleversement pour le faire repartir. Et comme les défibrillateurs, les « tragédies » que nous vivons relancent notre vie, si nous réagissons au choc.
Depuis notre naissance jusqu’à la fin de notre séjour sur Terre, nous rencontrerons des épreuves, des tragédies. Au commencement, il peut s’agir de la première nuit du bébé sans la présence de ses parents. Cela peut paraître anodin, mais s’il pouvait vous exprimer sa pensée, le bébé vous expliquerait à quel point ce changement bouleverse sa vie. Plus tard, le bébé apprendra à marcher, commençant par tomber à chaque tentative. Chaque chute peut être vécue comme une tragédie. Mais l’enfant continuera à essayer, tombant puis se relevant jusqu’à surmonter la difficulté pour obtenir l’une de ses premières grandes victoires dans la vie. Puis l’enfant grandira, connaîtra d’autres tragédies, auxquelles il répondra par son courage, sa détermination à continuer. C’est ainsi que commence la vie des hommes, à quelques exceptions près.
Mais avec le temps, des disparités apparaissent. Certaines personnes perdent peu à peu cette faculté de réagir, de rebondir lorsqu’ils sont confrontés à l’inéluctable. Peu à peu, ils se mettent à douter. Seront-ils capables de relever les défis que la vie va leur proposer ? Auront-ils la force de reconstruire après la « tragédie » ? Sont-ils prêts à prendre des risques si le jeu en vaut la chandelle ? Toutes ces questions que l’enfant insouciant ne se pose pas commencent à tourner dans leurs têtes. Et de cette manière, ils créent leurs propres barrières, leurs propres limites. Les questions, si on n’y prend pas garde, se transforment en certitudes. Dès lors, ces personnes ne prennent plus la peine d’essayer de se battre. Ils sont persuadés que la vie n’est qu’un enchaînement de malheurs et qu’elle ne vaut pas la peine de s’activer pour la vivre à fond. Et chaque fois qu’une nouvelle épreuve se profile, c’est le cercle vicieux qui s’accentue. Ils subissent une baisse de moral, ils refusent de se battre pour relever le défi. Ces gens finiront par passer leur temps à pleurer ce qu’ils ont perdu, à ruminer les défaites, à se complaire dans leur malheur.
D’autres continuent d’agir, d’accepter de relever les défis. Ceux-là laissent de côté les regrets et les remords. Ils décident de leur vie, ils continuent à donner du relief à leur vie à chaque instant. Ils acceptent l’inéluctable et tirent le meilleur des épreuves qu’ils affrontent. En agissant de la sorte, ils rentrent dans un cercle vertueux : la première épreuve est difficile à surmonter, puis, à mesure des victoires, les difficultés s’amenuisent et se relever d’une épreuve devient un automatisme, un réflexe de survie. Et chaque victoire apporte son lot de bonheur, de joie de vivre, d’enthousiasme.
Mais les victoires trop faciles, la vie qui sourit tout le temps, entraînent à nouveau cette « maladie » de la vie qui rend le tracé de plus en plus plat, qui fait sombrer dans l’ennui et la monotonie celui qui n’y prend pas garde. Les « tragédies » veillent à maintenir chacun de nous en alerte. Elles nous donnent l’opportunité de rebondir, de tomber puis se relever…
